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septembre 2026 - décembre 2026

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  • Minotaure, présenté mardi 19 mai à Cannes, sortira dans les salles le 14 octobre 2026.

    Minotaure, présenté mardi 19 mai à Cannes, sortira dans les salles le 14 octobre 2026.

    2022. Gleb, chef d’entreprise, vit avec sa femme Galina et son fils adolescent Serioja dans une belle maison au bord de l’eau. Dans un mode patriarcal, le père subvient aux besoins de la famille tandis que Galina veille au foyer. Dans le pays, la mobilisation a commencé. Le maire de la ville, à qui on a demandé de remplir des quotas, propose aux patrons de choisir parmi leurs employés ceux qui rejoindront le front, pour éviter que les plus indispensables à la bonne marche de l’économie locale soient réquisitionnés par Moscou.

    Déjà confronté aux conséquences de l’"opération spéciale" lancée par Poutine en Ukraine –difficultés d’approvisionnement et de personnel – Gleb va devoir s’acquitter de cette tâche délicate. À la maison, il doit aussi faire face à la décomposition de son couple. Dans un contexte de plus en plus incertain, Gleb fait des choix.
    La femme infidèle

    Minotaure est une adaptation de La Femme infidèle, un film de Claude Chabrol sorti en 1969. Andreï Zviaguintsev transpose cette histoire d’adultère dans la Russie de 2022, alors que la mobilisation vient de commencer. Le réalisateur russe reprend l’essentiel de la trame du film de Claude Chabrol, en retient les principaux motifs qu’il inscrit dans le contexte politique de son pays.

    Le film met ainsi en regard deux effondrements. Celui d’un couple et celui d’un pays où les règles changent du jour au lendemain. "L’exode massif des citoyens de ce pays, et tout particulièrement des jeunes hommes, a soudainement apporté l’angoissante toile de fond des événements de cette époque", explique le réalisateur dans la présentation de son film.
    Iris Lebedeva et Dmitri Mazurov dans "Minotaure" d’Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition au Festival de Cannes le 19 mai, sortie le 14 octobre 2026. (MK-PRODUCTIONS / CG-CINEMAB)
    Iris Lebedeva et Dmitri Mazurov dans "Minotaure" d’Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition au Festival de Cannes le 19 mai, sortie le 14 octobre 2026. (MK-PRODUCTIONS / CG-CINEMAB)

    Dans cette situation où tout se fissure, dans sa sphère intime comme à l’échelle de la société, Gleb règle les problèmes à sa manière. Après avoir cédé à ses pulsions, il utilise le contexte de la mobilisation et sa position dominante pour pouvoir se débarrasser des problèmes et continuer à vivre comme si de rien n’était. Gleb apparaît comme la figure du Minotaure, monstre enfermé dans le labyrinthe de ses contradictions, à l’instar de la Russie de Poutine.

    "Les gens en Russie aujourd’hui sont apathiques, sous le joug de la censure ; ils ont peur, sont désorientés, les réseaux sociaux fonctionnent de moins en moins bien, la lutte contre le progrès bat son plein, tout comme la machine de propagande", regrette Andreï Zviaguintsev. "Tout le monde essaie de fermer les yeux, car chaque jour qui passe ne fait qu’augmenter la dette envers la vérité et la regarder dans les yeux effraie de plus en plus – elle ressemble aujourd’hui à un monstre", constate le réalisateur.
    Sombre horizon

    Dans une mise en scène d’une efficacité remarquable, avec une caméra toujours bien placée et une lumière au cordeau, le réalisateur de Leviathan porte ce drame intime à l’écran avec la force des tragédies antiques.

    "C’est au sein même de la famille que nous sommes complètement nus. La famille est le lieu du combat que l’on mène contre nous-mêmes et contre ceux qui nous entourent", estime Andreï Zviaguintsev, qui depuis l’intimité d’un homme, d’une famille, scrute son pays, et plus largement un monde où les repères se sont dissous.

    "La démocratie est en crise, les organisations internationales sont faibles, le droit international est ignoré et la loi du plus fort prévaut. Le monde d’avant s’est effondré, les règles du jeu ont complètement changé, et visiblement peu de gens arrivent à savoir comment faire désormais", déplore le cinéaste.

    Cette vision sombre est synthétisée dans le dernier plan du film, d’une beauté déchirante, une photo tendue par le jeune Serioja à ses parents, prise à travers le hublot de l’avion qui survole le pays où est née la démocratie, un horizon chargé de nuages, dont il a retiré les couleurs. Formellement remarquable, ce film courageux démontre de manière implacable comment une société privée du droit et de règles engendre des monstres. Minotaure pourrait bien valoir à Andreï Zviaguintsev, à 62 ans et en exil, sa première Palme d’or.
    La fiche

    Genre : Drame
    Réalisation : Andreï Zviaguintsev
    Avec : Dmitri Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin
    Pays : France, Allemagne, Lettonie
    Durée : 2h15
    Sortie : 14 octobre 2026
    Distributeur : Les Films du Losange
    Synopsis : Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

    Minotaure, présenté mardi 19 mai à Cannes, sortira dans les salles le 14 octobre 2026.